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La France Championne du monde des chiens de sauvetage :
une victoire collective

Nous avons rencontré Yannick Douaud qui rentre de quatre jours à Bergamo, en Italie, où se déroulait la Coupe du Monde des chiens de sauvetage organisée par la FCI (Fédération Cynologique Internationale) mais surtout où la France a terminé première dans la spécialité « reine » « le décombres ».

VB : Yannick Douaud, qui composait cette heureuse équipe de France?

YD : L'équipe de France était composée d'un capitaine, Camille Vachet, et de trois équipes cynophiles, Christian Capillier et son chien Typhon, Patrick Villardry et son chien Temeraine dit Titan et moi-même et mon chien Sorro du Clos Champcherny dit Scoopy. Nous avions également avec nous, pour le soutien logistique, Amandine Rey (organisation) et Serge Kluczny (relations avec les équipes internationales).

VB : Dans quel état d'esprit êtes-vous arrivés à Bergamo?

YD : Nous étions d'abord venus pour participer car c'était la première fois que la France était représentée dans cette coupe du monde. Nous étions cependant très bien préparés individuellement. Une dizaine de pays étaient engagés avec des équipes aguerries.

VB : Comment se sont déroulés ces quatre jours?

YD : Nous sommes arrivés le jeudi à Bergamo pour les examens vétérinaires, les tirages au sort, la réunion des capitaines, et le défilé des équipes. Nous avions convenu que lors du défilé nous marcherions au pas cadencé.

Le vendredi nous avons passé l'épreuve des décombres. Nous nous sommes présentés au juge autrichien. Et c'est à ce moment que nous avons découvert le terrain : 5 000 m2 pour chercher trois victimes et en 6 minutes 40 seulement ! Loin des épreuves françaises où les terrains sont trois fois plus petits et où nous avons beaucoup plus de temps ! De plus, il faisait une chaleur écrasante, voire étouffante, ce qui était très dur pour nous mais aussi pour nos chiens. Après le terrain, nous avons pu découvrir aussi tout ce qui l'entourait : spectateurs dans les gradins, spectateurs et journalistes sur une passerelle au-dessus du terrain et le personnel aidant sur ce même terrain. Il y avait aussi un hélicoptère au-dessus de nos têtes et de la musique très forte… Nous devions alors donner le meilleur de nous-même en faisant abstraction de tout cela. Le juge nous a tendu le plan du site et nous a demandé notre stratégie. Nous avons pris la décision de diviser le terrain en trois et de chercher les victimes l'un après l'autre. Camille Vachet, notre capitaine, qui, lui, était sur le terrain alors que nous avions l'interdiction d'y pénétrer avant que notre chien ait localisé une victime, gérait notre temps et nous aidait, en particulier lorsque nous ne pouvions plus voir nos chiens. Nous les guidions aux gestes et à la voix. Le premier à rentrer sur le terrain a été Patrick Villardry et son chien Typhon. Ce dernier a fouillé la totalité du terrain le mieux possible et a découvert rapidement une victime. Ensuite, ce fut mon tour. Mon chien a commencé à fouiller mais j'ai vite eu l'impression qu'il n'y avait pas de victime dans mon secteur. Il a alors bifurqué sur un autre secteur et y a découvert la deuxième victime. Nous ne sommes pas tombés dans le piège : chaque chien ne pouvait découvrir qu'une seule victime dans sa limitation et heureusement que mon chien a su aller chercher au-delà. Dans la confusion, j'ai oublié de mettre mes gants et cela, à mon avis, nous a coûté un point et les moqueries de mes camarades. Puis est venu le tour de Christian Capillier et Typhon. Son chien a très rapidement détecté la troisième victime, sans aucune hésitation. Chaque victime était placée sous environ 3 mètres de gravats et accédait à la cache par des tunnels dont l’accès étaient à l’extérieur du terrain. Il était donc impossible d’avoir le moindre indice sur les emplacements.

VB : Quel a été le rôle du capitaine pendant cette épreuve?

YD : Durant toute l’épreuve, il a dû coordonner le temps et gérer le fait que les gravats étaient si grands que souvent nous ne voyions plus nos chiens.

VB : Quels étaient les sentiments à la sortie du terrain?

YD : Nous avons réalisé que nous avions accompli quelque chose d'extraordinaire mais nous ressentions un épuisement total. La fatigue se lisait sur nos visages. A l'issue de cette épreuve, nous avons repris la route pour rejoindre Nembo, qui se trouvait environ à cinquante kilomètres de là et où avait lieu l'épreuve d'obéissance. Nous avions décidé d'aller voir comment se comporter les autres équipes. C'est à ce moment là que Patrick Villardry nous a dit : « J'ai fait un rêve : je nous ai vus sur la plus haute marche et remporter la coupe du monde ! J'avais des frissons. » Pour lui, cela semblait important. On s'est tous alors moqués de lui et je lui ai dit : « Si c'est vrai, je t'achète une perruque et t'appelle Madame Irma ! ».

Nous avons donc observé les équipes qui concourraient ; certains chiens ont quitté les terrains tellement la chaleur était difficile à supporter. Nous, nous savions que nous avions notre épreuve le samedi matin.

VB : Donc le samedi, c’était le jour de la deuxième épreuve ? Quelle était-elle ?

YD : Nous avions notre épreuve de discipline (en groupe) et de dextérité (individuelle). Lorsque nous sommes rentrés sur le terrain nous avons compris pourquoi certains chiens allaient se mettre à l’ombre. En effet, dans les gradins, la veille, nous étions « protégés » de la chaleur car nous étions à l’ombre, mais sur le terrain, c’était vraiment étouffant. Les juges ont à peine adressé la parole à notre capitaine. Nous les avions trouvés très distants. Etait-ce la barrière de la langue ? La volonté de déstabiliser l’équipe ? Nous ne le savons pas mais nous sommes restés bien concentrés afin de réaliser la meilleure performance possible. Nous avons effectué les épreuves en nous surveillant mutuellement et en essayant de rester bien alignés. L’épreuve a duré plus d’une heure. Durant ces quatre jours, une véritable cohésion est née car nous étions 24/24 heures ensemble. Une vraie amitié s’est créée. Nous mangions, nous dormions ensemble. A ce propos, je souhaite rendre hommage aux ronflements de Christian Capillier qui se réveillait lui-même la nuit !

A la fin de l’épreuve, nous n’étions pas réellement satisfaits de notre performance persuadés que nous aurions pu faire mieux. Nous avons tout de suite analysé nos défauts. Mais de toutes façons, les épreuves étaient terminées pour nous et tout était joué à ce moment-là.

VB : Le déroulement de votre journée de samedi ?

YD : Nous sommes retournés au terrain de décombres pour voir les dernières équipes et pour que Serge Kluczny puisse faire un tour d’hélicoptère et filmer intégralement une recherche !

VB : Quand avez-vous su que vous aviez réalisé une véritable performance ?

YD : Le samedi, vers 17 heures, les organisateurs sont venus nous voir pour nous féliciter pour notre prestation. Ils nous disaient que nous étions premiers. Mais à ce moment-là nous ne les avons pas crus ! Puis, ce sont les journalistes qui sont venus nous voir pour faire des photos. De mon côté, j'ai téléphoné à mes responsables nationaux pour leur dire que nous serions certainement bien classés. Mais je ne croyais toujours pas que nous serions sur la plus haute marche du podium. C’est à 21h30 que les résultats officiels sont apparus. J’ai appelé la France pour annoncer la bonne nouvelle. Je n’en revenais pas ! Nous sommes même passés au 20 heures !

VB : Que ressent-on lorsque l’on reçoit le premier prix et qu’on entend la Marseillaise ?

YD : Dimanche a été le grand jour avec le défilé (toujours au pas cadencé) puis la remise de la coupe. Lorsque la Marseillaise a retenti, naturellement, nous avons chanté. C’était magique ! Le soir, lorsque nous avons pris le chemin de la France, nous étions toujours sur un petit nuage. Nous avons gardé le contact, nous nous téléphonions dans nos véhicules respectifs et je crois que, vraiment, une grande amitié est née.

Je tiens à remercier Christian Capillier pour son calme et son professionnalisme, Patrick Villardry pour sa clairvoyance et son initiative sur le terrain, Camille Vachet pour sa présence, son écoute et son investissement, Serge Kluczny pour son soutien et son rôle auprès des équipes internationales et surtout Amandine Rey, pour sa discrétion, son efficacité et la très bonne gestion des emplois du temps.

Nos amis : la commune de Aspres sur Buëch (05), SDIS 06, Eukanuba, SDIS 91, la commune de Villarlurin (73)

Voir quelques vidéos du championnat du monde

Présentation du terrain de décombres

Recherche et découverte de la deuxième victime par Scoopy et début de la recherche pour Typhon

La troisième victime ayant été découverte, Typhon et Christian Capillier se retirent sous les applaudissements du public.

Fin de la présentation de l'équipe de France au juge "Décombres" et aux journalistes.

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